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Étant donné l’incroyable succès du roman d’Umberto Eco, Le Nom de la Rose – Il nome della rosa en italien à sa sortie en 1980, le grand écran ne tarde pas à s’intéresser à son adaptation cinématographique et c’est le géant Jean-Jacques Annaudqui s’y atèle. Le film sort en 1986 et est un succès mondial, bien que le pari était loin d’être gagné.
Il a tellement marqué les esprits qu’il faut attendre 2019, pour qu’un autre réalisateur, aidé à l’écriture par Umberto Eco lui-même, décide de s’y frotter sous la forme d’une série télévisée.
Et l’enluminure dans tout ça ? Tout comme pour le roman, j’ai (re) découvert de belles pépites dans la version visuelle du Nom de la Rose !
Sommaire
ToggleLe Nom de la Rose, un film sur-mesure pour Jean-Jacques Annaud
1. A livre phénoménal, film monumental
Lorsque sort le roman du Nom de la Rose en 1980, Jean-Jacques Annaud est en pleine promotion de La Guerre du Feu et il est un des réalisateurs les plus en vogue, en France comme à Hollywood.
Il dévore le livre, se bat pour reprendre les droits à la Raï et se lance alors dans une légendaire opération séduction auprès d’Umberto Eco, racontée avec moult détails par Première. Umberto Eco finit par se laisser convaincre et aurait confié l’adaptation à Jean-Jacques Annaud en lui disant « C’est mon livre, c’est maintenant ton film ! Si tu veux en faire une comédie musicale, fais-la !«
Si le roman était un OVNI à sa sortie, je vous laisse imaginer à quel point l’histoire de moines du XIVe en sandales dans de sombres abbayes avec des bossus et des sauvageonnes devait séduire Hollywood… J.J. Annaud a le vent en poupe et obtient les investissements nécessaires… qu’il perd dès qu’il décide d’engager Sean Connery dans le rôle titre.
« A L.A, les gens nous écoutaient en silence jusqu’à ce que nous évoquions le nom de Sean Connery. Ils se réveillaient blêmes et nous mettaient gentiment à la porte. Ils le trouvaient ringard. James Bond en moine, ça ne passait pas. On a tenu bon. Eux aussi… » et c’est ainsi que le film devient une co-production franco-germano-italienne .
Il faut dire qu’au démarrage, J.J. Annaud ne voulait pas non plus de Sean Connery. Il ne voulait aucune tête d’affiche et encore moins James Bond pour le rôle de Guillaume de Baskerville. Sean Connery tient bon et débarque dans le bureau de JJ.Annaud et lui déclame l’intégralité des répliques. Séduit, impressionné, le réalisateur l’engage sur le champ et lui offre l’un des plus grands rôles de sa carrière.
Sur un tel tournage, les anecdotes de tournage sont nombreuses et certaines sont devenues légendaires comme l’arrivée au pied levé de Ron Perlman, ou la scène intime entre le jeune Christian Slater et la « sauvageonne ».
Mais ce qui nous intéresse ici, c’est la véracité historique et le rôle de l’enluminure. Qu’en est-il ?
(Impossible de trouver la bande annonce en français ou sous-titrée, du coup il nous faut nous contenter de la version originale)
2. De la reconstitution historique au polar médiéval
J.J. Annaud se régale dans la préparation du film et s’entoure de spécialistes médiévistes : archéologues, historiens. Il souhaite reconstituer ce monde perdu et ne veut rien laisser au hasard.
Dans Historiens et cinéaste : Rencontre de deux écritures de Priska Morrissey, Jean-Claude Schmitt, l’un de ces médiévistes raconte : « Ma conception du film aurait été plutôt de fantasmer à partir du roman mais chez Jean-Jacques Annaud il y avait une sorte de positivisme exacerbé qu’on ne trouve plus chez les historiens. Il ne fallait qu’aucun bouton de guêtre ne manque à l’inventaire. Il nous demandait par exemple : ‘Mais tous ces hommes dont vous parlez si bien dans vos thèses, comment étaient-ils réellement ? Quelle était la couleur de leur peau ? Comment étaient-ils coiffés ?’ (…) L’historien de la société, de l’économie, de la population ne se préoccupe pas de cela. Mais le cinéaste, lui, il faut bien qu’il montre ces gens-là.«
Le tournage se présente comme long et coûteux. J.J.Annaud cède et sacrifie le détail au profit de l’ambiance générale. « Le côté misérabiliste du village« , explique Jean-Claude Schmitt, « avec des paysans nécessairement sales, nécessairement déguenillés, au pied du château, c’est un peu une image d’Epinal.«
3- "Un palimpseste du roman d’Umberto Eco."
Cette phrase apparaît au démarrage du film et résume bien ce qu’est le film au roman. Tout comme le copiste qui effaçait le texte du manuscrit pour écrire par-dessus, tout en gardant des traces du texte original, J.J. Annaud s’explique : « le message est : Le film, c’est ce qui reste du livre une fois que l’on a gratté une partie de la surface !«
L’aspect documentaire du roman est devenu secondaire. L’enluminure est relayée au titre d’accessoire car le polar médiéval est le sujet principal. Si l’arme du crime est le manuscrit dans la bibliothèque cachée, la façon dont le-dit manuscrit a été créé n’est pas le sujet. L’Humanisme, la condamnation des abus de l’Eglise dans sa noirceur médiévale sont les vrais sujets du débat.
Pour les passionnés d’enluminure, c’est un peu décevant. Pour le spectateur, c’est ce qu’il attend.
Personnellement, je garde de ce film une impression d’obscurantisme, de noirceur et de pesanteur, malgré la musique envoûtante (entêtante ?) de James Horner. Il n’est clairement pas dans mon top 10 ciné.
Le film sera un succès mondial, récompensé notamment d’un César en 1987 et d’un BAFTA du meilleur acteur pour Sean Connery et pour les maquillages et coiffures.
Seuls les États-Unis bouderont le film : « Lors des screen-test, beaucoup de spectateurs trouvaient les personnages trop sales. Comment leur expliquer qu’il n’y avait pas de sauna dans une abbaye bénédictine au XIVe siècle ? » ironisait J.J. Annaud.
Le Cluedo médiéval n’était pas pour tout le monde semble-t-il…
8 épisodes pour une mini-série " Le Nom de la Rose"
Le roman est un monument de la littérature. Le film est un monument du 7ème Art. Forcément, tenter de s’y atteler de nouveau est un projet effrayant. C’est pourquoi il faudra attendre 2019 pour voir cette nouvelle adaptation sur petit écran. Boosté par l’appétit d’OCS de se lancer dans la production de contenu original, c’est Giacomo Battiato qui se lance sur le projet.
Vous n’en avez pas entendu parlé ? C’est normal, la série n’a pas percée et peiné à convaincre.
1. Une série érudite sous la bénédiction d'Umberto Eco
Umberto Eco est décédé en 2016 mais il a travaillé sur le projet et le scénario de cette série. Giacomo Battiato explique : « Eco a écrit la bible qui nous a servi de base et a approuvé les éléments inédits qui ne sont pas dans le roman, comme l’intrigue à Avignon et l’histoire des hérétiques. Il a laissé ses recommandations sur ce mouvement du XIVe siècle qui s’appelait les dolciniens, du nom de Dolcino, un franciscain à l’origine de beaucoup d’idées, notamment de l’égalité homme-femme ».
C’est que le réalisateur est aussi diplômé en études médiévales, spécialisé sur les Cathares. C’est pourquoi le format de la mini-série lui convenait d’avantage. Avec 8 épisodes, il dispose de 6h50 d’histoire contre les 2h10 du film de J.J.Annaud.
Et pour éviter toute comparaison avec le film de ce dernier, la mini-série est construite différemment. Le casting est collégial avec plusieurs personnalités sans grosse tête d’affiche : John Turturro pour le rôle de Guillaume de Baskerville, Rupert Everett, Richart Sammel, Michael Emerson ou encore Tchéky Cario.
Même le personnage central est opposé à celui du film » « Je voulais que Baskerville soit plus intellectuel, plus obsessionnel. J’ai voulu accentuer sa vision du monde à la fois cynique et optimiste. C’est un homme qui a l’optimisme de la volonté mais aussi du pessimisme dans sa vision du monde. Plus qu’à Sherlock, il ressemble à ce moine franciscain, Guillaume d’Ockham, qui a étudié à Oxford. Il a été excommunié par le pape et on disait qu’il avait théorisé le fait que la religion ne doive pas s’immiscer dans les lois. » explique Giacomo Battiato.
La série sera donc une série philosophique, politique et en résonance avec notre époque, sans renier l’arc policier qui fait tout le succès de l’intrigue.
On retrouve surtout la problématique centrale du roman : le partage du savoir, l’accessibilité de la connaissance symbolisé par l’inaccessibilité de la bibliothèque.
2. Enfin de l'enluminure à l'écran !
La série se revendique comme le reflet fidèle des multiples facettes du roman et comme la chronique minutieuse de la vie monacale du XIVe. Loin des clichés de noirceurs habituels, on y voit de la lumière, de la couleur et… des enluminures !
Le scriptorium est précis, détaillé ainsi que toutes les étapes du travail de copiste. On voit des manuscrits, des pigments, des parchemins… le tout présenté avec une précision et une certaine rigueur historique.
L’enluminure n’est pas le sujet central mais elle est présente comme elle fait partie du quotidien de ces moines et de cette abbaye, exactement comme elle l’était dans le roman : accessoire mais indispensable.
Le passage à l’écran permet de visualiser certaines étapes et pour les amateurs d’enluminure, il y a presque un côté documentaire.
(Bref aperçu du scriptorium et de l’enluminure à l’écran)
3. Une série qui n'a pas convaincu
Comme souvent, les séries diffusées sur canal réduit comme ici OCS, peinent à trouver leur public. Le Nom de la Rose n’est pas pour tout le monde de par son sujet et le traitement érudit de la série n’a pas aidé.
La critique des Inrockuptibles résume assez bien la problématique grand public : « convaincante dans son arc policier, la mini-série Le Nom de la Rose s’encombre de digressions narratives et historiques artificielles. »
Il est vrai que les dialogues sont nombreux, qu’ils ne parlent pas que de l’intrigue et demandent un tant soit peu de réflexion et de culture. Mais la série est à l’image du roman aussi doit-on vraiment en tenir rigueur à son adaptation ?
Comme je l’explique souvent à mon fils, les films ne sont pas faits seulement pour rigoler…
Au final, si vous souhaitez retrouver de l’enluminure à l’écran, je ne peux que vous conseiller la mini-série télévisée. Personnellement, j’ai toujours beaucoup de mal avec la dureté de cette intrigue, la pesanteur de l’ambiance et le rendu visuel des meurtres à l’écran. Mais je ne suis pas une vraie médiéviste aussi je vous laisse me faire part de vos avis en commentaires !


Le film m’avait tellement marqué (peut-être pas dans le bon sens du terme), l’article me donne envie de plonger dans le roman. La série me tente bien aussi (complètement passée à côté).
Le film était assez traumatisant, j’avoue. La thématique est assez noire de par le côté polar. Je trouve que ça passe mieux en livre. D’ailleurs j’en parle ici .
J’avais zappée la série également ! Je l’ai découverte au détour d’un rayonnage de la médiathèque, et encore, parce qu’elle était mise en avant !
Tu me diras ce que tu en as pensé !
Je ne savais pas qu’ils en avaient fait une série. Mais le film m’a marqué. Il est magnifique et je me souviens, je l’avais trouvé angoissant et excitant à la fois. Et tu as bien raison d’en parler ici car la calligraphie (donc l’enluminure) a une place importante dans ce film, de ce que m’en disent mes souvenirs.
Le film m’avait laissé sur ma faim côté enluminure. Pour le coup, la série est beaucoup plus détaillée et met bien à l’honneur le travail de copiste. Mais c’est logique, il y a plus de temps ! C’est pour cela que j’aime de plus en plus les séries TV pour les adaptations de roman.
Mon dieu, comment j’ai fait pour louper ça ! Merci beaucoup pour cet article ! Je n’ai que de très vagues souvenirs du film et je n’ai pas lu le livre, mais il va falloir que je voies cette série !
Ne t’inquiètes pas, tu n’es pas là seule ! C’est une série qui n’a pas fait grand bruit mais c’est bien dommage !
Tu me diras ce que tu en as pensé?